Vous cherchez comment bloquer la franchise en France ? Ne cherchez plus : le projet de Loi Travail s’en occupe !

A mon avis, inutile et contreproductif pour la franchise et les 350.000 salariés qui en vivent en France, le projet de Loi Travail devrait raisonnablement être reconsidéré. Non seulement, je partage et « j’approove » les analyses de Maître Hubert Bensoussan et de Jean Samper, mais je pense qu’il n’est surtout pas besoin de redonner de la sécurité dans un système qui fonctionne bien, d’autant plus que c’est l’effet inverse qui risque de se produire. Pour moi, c’est aussi tout l’esprit de la franchise qui risque d’être mis à mal.

Patron de PME, spécialiste de la franchise, ma demande ici est qu’on retire cet amendement contreproductif pour tous les acteurs de la franchise : franchiseur, franchisés, salariés. Les implications en jeu sont graves pour notre économie entière !

En quelques mots : ce qui fait le succès de la franchise :

–       la réitération d’une réussite préalable , sous la protection de l’absolue nécessité que tous les protagonistes du réseau s’inscrivent dans une stratégie gagnant/gagnant. La réussite en franchise est souvent synonyme d’innovations et de professionnalisation de pans entiers de notre économie. Au delà des réseaux, elle impacte aussi le commerce indépendant par « capillarité », en  l’obligeant,  lui aussi, à de nécessaires adaptations pour rester dans la course.

–       Un ADN qui marie les atouts de la PME à la force des grandes entreprises : l’indépendance du franchisé et du franchiseur  et la relation permanente entre eux

–       La cohérence, pour moi maître mot absolu en matière de réseau de franchise.

La franchise française,  un modèle d’excellence envié par nos voisins:

Elle pèse aujourd’hui plus de 350 000 emplois, avec des taux de réussite et de pérennité des franchisés bien meilleurs que ceux des entreprises indépendantes.

L’ Instance de Dialogue ? vraiment inutile pour moi :

La pérennité d’un franchisé est bien meilleure que celle d’un créateur indépendant. C’est reconnu et logique : il bénéficie de la force du savoir-faire substantiel qui lui est transmis par le franchiseur. La franchise est vrai un vecteur  de succès et de pérennité d’emplois. Alors pourquoi sécuriser  un système qui fonctionne ?

Il n’est pas pire péril pour un franchiseur que de laisser un franchisé aller à l’échec.

Je ne connais pas un seul franchiseur qui ne fasse pas tout ce qui est en son pouvoir pour sortir un franchisé en difficulté de l’ornière.  Les risques sont trop énormes pour lui : toute l’image du réseau peut être entachée, les clients peuvent déserter le réseau. Le risque en termes d’emplacement est majeur. Plus prosaïquement ce sont des manques à gagner en termes de rémunérations qui se profilent à l’horizon.

Donc, l’ADN même de la franchise procure la meilleure sécurité pour les salariés du réseau.

La réussite du franchisé ne dépend pas que du franchiseur :

Depuis quand la réussite d’un franchisé dépend elle uniquement du réseau ou des autres franchisés ? Qui d’entre nous ne connaît pas d’échec de franchisé imputable à lui et à lui seul ? Depuis quand le réseau serait-il le seul garant de la réussite en franchise ? Si j’ai bien compris le projet de loi travail, je ne vois pas en quoi il protège un salarié d’un tel franchisé. C’est d’ailleurs plutôt une bonne chose car ce serait inutile : dans nos petites PME, c’est la proximité avec nos salariés, le dialogue direct avec eux qui est leur meilleur garant.

Une usine à gaz couteuse, sans garantie de pouvoir répondre aux obligations prévues par le projet de loi Travail :

La mise en place et le fonctionnement de l’Instance de Dialogue sont très couteux : elle nécessite une armée de personnel administratif pour arriver à répondre à des obligations d’agrégation de données financières et de prévisions d’emploi dans des structures juridiquement indépendantes. Personnellement, et bien que diplômée d’expertise-comptable, je prie pour qu’aucun réseau ne me confie la mise en place de ces données ou alors il faudra m’expliquer comment faire simplement une agrégation de comptes d’entreprises indépendantes. Le premier obstacle est probablement le recueil des données nécessaires, pour l’ensemble du réseau, dans un délai raisonnable. Spécialiste du reporting de réseau, je n’ose même pas envisager les obstacles suivants.

Le projet de Loi Travail précarise le travail dans les réseaux de franchise :

Depuis quand un patron de petite PME a-t-il besoin d’une instance pour dialoguer avec ses salariés ?

On voudrait faciliter le dialogue entre les salariés et le franchisé, en passant par une instance de dialogue pilotée par le franchiseur ? Bonjour la communication facile ! Bienvenue aux lourdeurs et aux contraintes dans un système jusqu’alors souple et flexible…

L’augmentation des coûts administratifs induits par le projet de Loi Travail va impliquer de moins bons résultats des franchiseurs et des franchisés :

C’est  encore une source de précarisation de l’emploi dans les réseaux !

En créant un seuil, on freine le développement des réseaux de franchise :

Les PME qui frôlent le seuil des 50 salariés se livrent à toutes sortes de contorsions pour ne pas franchir ce seuil : il entraîne tellement de lourdeur administrative et de rigidité. Je crains que les franchiseurs n’aient la même tentation.

C’est encore plus dangereux dans la franchise de que dans l’entreprise indépendante :

le seuil des 50 salariés d’un réseau de franchise coïncide peu ou prou avec l’atteinte du seuil de rentabilité du franchiseur, c’est-à-dire, le moment où le franchiseur commence à faire des bénéfices.

Du fait des investissements nécessaires à la mise au point une réussite transmissible, il est rare – et  c’est normal – qu’un franchiseur atteigne son seuil de rentabilité avant une vingtaine de franchisés.

Je n’ose pas imaginer les conséquences des  probables contorsions des franchiseurs à l’approche du  seuil des 50 salariés dans leur réseau (entre 10 et 20 unités franchisées selon la taille de celle-ci).  C’est bien à ce moment là, qu’on arrive au seuil de rentabilité en général ? Non ?

En prenant le risque de créer des franchiseurs non bénéficiaires, on ajoute encore un facteur d’insécurité du travail à la franchise !

Le projet de loi Travail augmente le nombre de demandeurs d’emploi :

Bien sûr, à cause de la précarisation du travail dans les réseaux démontré plus haut, mais pas seulement.

La franchise est une voie royale de reclassement des cadres ou des seniors en recherche d’emploi. En freinant le développement des réseaux on risque de priver une grande partie de ces personnes non seulement de possibilités de reclassement, mais aussi de la chance d’être un des 60.000 patrons d’entreprise qui font vivre 350.000 salariés en France. Seraient-ils si nombreux aujourd’hui qu’on puisse s’offrir ce luxe ?

Les tribunaux ?  encore plus encombrés !

La loi ne vise pas les systèmes de réseaux très proches : licence de marque, partenariat, concessions…. Je vois un avenir merveilleux se dessiner pour les tribunaux de France : combien de demandes de requalification en contrat de franchise devront-ils juger dans ces réseaux ? Oui, après tout, pourquoi les salariés de ces réseaux proches cousins de la franchise ne seraient pas eux aussi conviés à cette fête ?

Bien entendu, je passe sous silence le nombre de demande de requalification des contrats de franchise issus des demandes précédentes qui seront ensuite eux-mêmes requalifiés pour défaut d’un des fondamentaux de la franchise : l’indépendance entre le franchiseur et le franchisé.  Super ! on bloque ainsi très vite la franchise. C’est pourtant un des seuls systèmes économiques qui fonctionne bien aujourd’hui en France.

Va-t-on vraiment dans le sens de l’histoire ?

J’entends de plus en plus parler de la fin des contrats de travail et les générations qui arrivent aux commandes des entreprises aujourd’hui ne font pas secret de s’entourer de travailleurs indépendants plutôt que de salariés. Un des facteurs de cette évolution, d’ores et déjà bien en route  (et pas seulement  chez Uber, dans les start-up ou dans les entreprises du net) est la rigidité de notre droit du travail.

Alors, à l’heure qu’il est, j’ai peine à croire que la franchise, exemplaire vivier d’innovations, de créativité, d’avancées économiques, puisse devenir un système d’arrière garde, rigide. Les Instances de Dialogue ont un petit look  ringard, pour ne pas dire préhistorique, vous ne trouvez pas ?

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